Reclassement DPE 2026 : quels logements chauffés à l'électricité gagnent une lettre sans travaux
Par Emmanuel Guba, fondateur de DPE Watch et ancien mandataire immobilier — publié le 9 octobre 2026
Depuis le 1er janvier 2026, le calcul du DPE a changé pour les logements chauffés à l'électricité. Certains biens que leur propriétaire croyait condamnés à rester invendables ou injouables passent mécaniquement une classe au-dessus. Ce guide explique comment repérer ces logements sur votre secteur et comment transformer ce reclassement en argument de prospection honnête.
Ce que change concrètement le reclassement DPE 2026
Le DPE classe un logement de A à G sur deux échelles distinctes : l'énergie, exprimée en kWh d'énergie primaire par m² et par an, et le climat, exprimé en kg de CO2 par m² et par an. La classe affichée est toujours la plus mauvaise des deux.
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient qui convertit l'électricité consommée en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9. Ce coefficient ne s'applique qu'à l'échelle énergie. Il ne modifie en rien l'échelle climat, qui reste calculée sur les émissions de CO2.
Concrètement, pour un même logement chauffé à l'électricité, la consommation en kWh d'énergie primaire retenue dans le calcul diminue. Si cette consommation passait un seuil de classe, le logement peut gagner une lettre sur l'échelle énergie, sans qu'aucun travaux n'ait été réalisé.
Un point important : un DPE déjà établi avec l'ancien coefficient n'est ni erroné ni invalide. Il reste valable jusqu'à son échéance. Mais un nouveau DPE réalisé après le 1er janvier 2026 peut afficher une meilleure étiquette pour le même bien.
Quels logements ont une chance réelle de gagner une lettre
Tous les logements électriques ne sont pas égaux face à ce changement. Trois critères déterminent si un bien a des chances d'être reclassé :
- Le mode de chauffage : un logement chauffé entièrement à l'électricité (chauffage et eau chaude) profite pleinement du nouveau coefficient. Un logement chauffé en partie à l'électricité en profite partiellement. Un logement chauffé uniquement au gaz ou au fioul n'en profite pas du tout.
- La position par rapport à un seuil de classe : plus la consommation énergie est proche, juste au-dessus, d'un seuil de classe, plus la probabilité de passer dans la classe supérieure est forte.
- L'écart entre les deux échelles : si le climat du logement reste dans une classe moins bonne que l'énergie, c'est le climat qui continue à fixer l'étiquette finale, et le reclassement énergie ne change rien à l'affichage.
Pour visualiser les seuils concernés par l'échelle énergie :
| Classe | Consommation énergie (kWh/m²/an) |
|---|---|
| A | jusqu'à 70 |
| B | 71 à 110 |
| C | 111 à 180 |
| D | 181 à 250 |
| E | 251 à 330 |
| F | 331 à 420 |
| G | au-delà de 420 |
Les cas les plus intéressants à prospecter sont les logements F à peine au-dessus de 330 kWh/m²/an, ou E à peine au-dessus de 250 : ce sont ceux qui ont le plus de chances de basculer dans la classe immédiatement supérieure.
Comment repérer ces biens sur votre secteur
Les DPE sont transmis à l'ADEME, qui les publie en open data avec l'adresse du logement, la date de réalisation, les étiquettes énergie et climat, la surface et le type de chauffage. C'est la donnée brute qui vous permet de croiser deux informations : un chauffage électrique et une étiquette énergie proche d'un seuil.
En pratique, cela veut dire filtrer les DPE de votre secteur sur le type de chauffage, puis isoler ceux dont la consommation énergie affichée se situe juste au-dessus d'un seuil de classe. Ce travail peut se faire manuellement commune par commune, mais il est long si vous le refaites chaque semaine.
DPE Watch alerte automatiquement l'agent dès qu'un nouveau DPE est publié sur son secteur et signale les biens concernés par le reclassement 2026, en isolant ceux qui ont une chance réelle de changer de classe avec le nouveau coefficient. Vous retrouvez aussi la vue Street View du bien et l'historique DVF de la parcelle pour préparer votre approche avant même de sonner.
Pour une méthode complète de ciblage des biens énergivores, votre méthode de prospection des passoires thermiques reste valable : le reclassement 2026 est un argument de plus à ajouter à ce travail, pas un remplacement.
Un argument pour le propriétaire qui pense son bien invendable
Beaucoup de propriétaires de logements F ou G, les passoires thermiques, ont entendu parler des interdictions de location et en concluent que leur bien est bloqué. C'est souvent inexact ou incomplet, et le reclassement 2026 vous donne une occasion légitime de reprendre la conversation.
Rappelez les faits avec précision, sans les déformer : l'interdiction de louer un logement classé G s'applique aux nouveaux baux et aux renouvellements depuis le 1er janvier 2025 ; elle s'étendra aux logements F à partir du 1er janvier 2028, puis aux logements E à partir du 1er janvier 2034, en France métropolitaine. Un bail en cours n'est pas automatiquement résilié par ces dates.
Si le logement est une maison ou un immeuble en monopropriété, l'audit énergétique est obligatoire à la vente pour les classes F et G depuis le 1er avril 2023, et pour la classe E depuis le 1er janvier 2025. L'audit doit être remis dès la première visite et reste valable 5 ans.
Pour ce propriétaire, l'argument est simple : s'il est chauffé à l'électricité et que sa consommation est proche d'un seuil, un nouveau DPE peut faire gagner une lettre à son bien. Cela peut suffire à sortir du champ des annonces portant la mention de logement à consommation énergétique excessive, réservée aux classes F et G, ou simplement à rassurer un acquéreur ou un locataire potentiel.
Soyez honnête sur un point : le gain n'est pas automatique. Il faut faire réaliser un nouveau DPE, ou une mise à jour, pour que la nouvelle étiquette apparaisse sur les documents de vente ou de location. Rien ne change tant que ce nouveau diagnostic n'est pas fait.
Les limites à ne pas occulter face au propriétaire
Pour garder votre crédibilité, présentez aussi ce que le reclassement ne change pas.
Le coefficient ne touche que l'échelle énergie. Si l'échelle climat du logement reste dans une classe moins bonne, c'est elle qui fixe l'étiquette finale, puisque le DPE retient toujours la plus mauvaise des deux notes.
Un logement chauffé au gaz ou au fioul ne bénéficie d'aucun effet du nouveau coefficient. Et un logement chauffé en partie seulement à l'électricité n'en profite que partiellement : le gain de classe n'est pas garanti.
Un gain d'une seule lettre ne suffit pas toujours à sortir d'une obligation. Un logement F qui passe en E reste soumis à l'audit énergétique à la vente, puisque cette obligation s'applique dès la classe E depuis le 1er janvier 2025 ; seul un passage à la classe D permettrait d'y échapper, et ce passage n'est pas garanti par le seul effet du coefficient.
Une nouvelle baisse du coefficient est évoquée pour 2027, mais elle n'est pas confirmée à ce jour. Évitez de promettre un second gain de lettre sur cette base : présentez-le comme une hypothèse, pas comme un fait acquis.
Enfin, refaire un DPE a un coût pour le propriétaire et ne garantit un reclassement que si les critères (chauffage électrique, proximité d'un seuil) sont réunis. Un diagnostiqueur certifié reste le seul interlocuteur capable de confirmer, au cas par cas, si un nouveau diagnostic changera la classe.
Votre plan d'action terrain
Pour transformer cette évolution réglementaire en rendez-vous obtenus, voici l'enchaînement qui fonctionne :
- Identifier, sur votre secteur, les DPE existants de logements chauffés à l'électricité dont la consommation énergie est proche d'un seuil de classe.
- Retrouver l'identité du propriétaire par une demande d'extrait de matrice cadastrale (formulaire Cerfa 6815-EM-SD), auprès de la mairie ou du centre des impôts fonciers, à partir de la section et du numéro de la parcelle.
- Préparer une approche terrain ou un courrier adapté : les données DPE sont publiques, mais contacter un particulier à partir de ces données reste soumis au RGPD, avec information de la personne et droit d'opposition.
- Depuis le 11 août 2026, la pige téléphonique à froid n'est plus possible sans consentement préalable du particulier : privilégiez le boîtage, le porte-à-porte encadré ou un premier contact écrit. Notre guide sur la fin de la pige téléphonique détaille les alternatives légales.
Pour sécuriser vos pratiques de terrain au quotidien, consultez aussi notre guide sur le porte-à-porte, le boîtage et le RGPD. Et pour visualiser l'ampleur du sujet sur votre zone, les chiffres DPE par département et par commune vous donnent une base de comparaison avant de vous lancer.
DPE Watch automatise la demande cadastrale (envoi du Cerfa à la mairie, relances, escalade au centre des impôts si besoin) et organise la tournée terrain avec le recueil du consentement téléphonique signé sur place, pour que le reclassement 2026 reste un argument de conversation, pas une simple ligne dans un tableau Excel.
Questions fréquentes
Le reclassement DPE 2026 est-il automatique ?
Non. Le changement de coefficient change le calcul, mais la nouvelle étiquette n'apparaît que si le propriétaire fait réaliser un nouveau DPE ou une mise à jour. Tant que ce diagnostic n'est pas refait, l'ancienne classe reste affichée sur les documents.
Un logement chauffé au gaz peut-il gagner une lettre en 2026 ?
Non, le nouveau coefficient ne concerne que l'électricité convertie en énergie primaire. Un logement chauffé uniquement au gaz ou au fioul n'est pas concerné par ce reclassement.
Un logement classé F peut-il échapper à l'audit énergétique grâce au reclassement 2026 ?
Non, pas avec un simple gain d'une lettre. L'audit énergétique à la vente des maisons et immeubles en monopropriété est obligatoire dès la classe E depuis le 1er janvier 2025, donc un F qui passe en E y reste soumis ; seul un passage jusqu'à la classe D permettrait d'y échapper, et ce passage n'est pas garanti par le seul effet du coefficient.
Faut-il attendre 2027 pour un second reclassement DPE ?
Une nouvelle baisse du coefficient électricité est évoquée pour 2027, mais elle n'est pas confirmée à ce jour. Il vaut mieux baser votre argumentation sur le changement déjà en vigueur depuis le 1er janvier 2026 plutôt que sur une hypothèse future.